Les Mangeurs d’étoiles, Romain Gary

Le titre est mieux que le livre. Habituée à La promesse de l’aube ou à La vie devant soi, je suis restée sceptique après avoir lu Les mangeurs d’étoiles : un roman mystique, presque absurde qui se déroule en Amérique du Sud, et qui laisse un sentiment d’inachevé une fois la lecture achevée.

  • Même Napoléon fut détrôné. La suprématie, la maîtrise, la possession avaient un caractère fugace et aléatoire, on avait beau être le plus grand, la grandeur ne tenait jamais qu’à un millimètre. 

  • Seulement, quand on fusille sa propre mère, c’est une chose, mais quand on fusille des citoyens américains, c’est très grave.

  • La seule chose qu’il pouvait faire dans des circonstances aussi historiques était de prendre une cuite absolument sans précédent dans l’histoire du pays.

  • Une goutte depuis longtemps perdue et diluée de sang de conquistador ou de frate libidineux donnait un peu de ruse et de finesse à des traits qui paraissaient taillés à la hache. 

  • Finalement, du reste, elle se contenta elle-même de travailler sur des condensés de chefs-d’oeuvre, et elle découvrit un digest en un volume de trois cents pages qui contenait le résumé de toutes les grandes oeuvres de l’humanité; elle y étudia notamment le marxisme, qui était présenté avec une clarté remarquable en deux lignes.

  • Elle était vraiment un mélange étonnant d’idéalisme et d’égomanie, d’ambition et de sentiment d’infériorité.

  • Il lève les yeux si haut vers des étoiles si belles et si importantes qu’il ne prend même pas la peine de remarquer ce qui lui arrive. Il ne pense pas à lui-même, il ne pense qu’à l’humanité. 

  • Un idéaliste, expliqua Radetzky, est un enfant de pute qui trouve que la terre n’est pas un endroit assez bien pour lui. 

  • L’ambassadeur de France faisait une tête assez extraordinaire et, il fallait le reconnaître, digne des plus belles traditions de son pays: il semblait avoir perdu encore une guerre. La seule question que l’on pouvait se poser, décida Radetzky, était de savoir s’il allait chanter La Marseillaise avant de s’écrouler foudroyé ou s’il allait accepter de collaborer avec les Allemands.

  • Un remarquable exploit pour des mains humaines, mais il se demandait quel effet cela pouvait bien faire aux millions d’étoiles qui se penchaient depuis des millénaires sur toutes les manifestations du génie humain.

  • Tous des ratés, des prétentieux, reprit le pantin. Michel-Ange, Shakespeare, Einstein, autant d’échecs. Des éphémères, des lucioles, des mortels… pas de vrais talents. Il suffit d’un beau coucher de soleil pour s’en rendre compte.

  • Elles prenaient l’avion, venaient s’allonger, ouvraient les jambes et repartaient en brillant de plus belle de tous les bijoux qu’ils leur avait offerts avec l’argent de l’aide américaine aux pays sous-développés.

  • Avec ses cheveux très bruns effleurés par la première lumière du matin, elle semblait avoir posé son profil sur le ciel comme dans un écrin. Le ciel lui allait bien. On aurait dit que sa jeunesse et celle du jour qui se levait avaient conclu une alliance.